— Vous avez deviné, mon ami.

— De sorte, dit de Baisemeaux, tremblant d’avoir soupé si familièrement avec un homme tombé dans la disgrâce de Sa Majesté; de sorte, monsieur le comte?...

— De sorte, mon cher gouverneur, dit Athos, que mon ami M. d’Artagnan va vous communiquer ce papier qui passe par l’ouverture de son buffle, et qui n’est autre, certainement, que mon ordre d’écrou.

De Baisemeaux tendit la main avec sa souplesse d’habitude.

D’Artagnan tira, en effet, deux papiers de sa poitrine, et en présenta un au gouverneur. Baisemeaux déplia le papier et lut à demi-voix, tout en regardant Athos par-dessus le papier, en s’interrompant:

— «Ordre de détenir dans mon château de la Bastille...» Très bien... «Dans mon château de la Bastille... M. le comte de La Fère.» oh! monsieur, que c’est pour moi un douloureux honneur de vous posséder!

— Vous aurez un patient prisonnier, monsieur dit Athos de sa voix suave et calme.

— Et un prisonnier qui ne restera pas un mois chez vous, mon cher gouverneur, dit Aramis, tandis que de Baisemeaux, l’ordre à la main, transcrivait sur son registre d’écrou la volonté royale.

— Pas même un jour, ou plutôt, pas même une nuit, dit d’Artagnan en exhibant le second ordre du roi; car maintenant, cher monsieur de Baisemeaux, il vous faudra transcrire aussi cet ordre de mettre immédiatement le comte en liberté.

— Ah! fit Aramis, c’est de la besogne que vous m’épargnez, d’Artagnan.