— J’en suis bien sûr.

— Alors pourquoi, dit l’admirable bon sens de Porthos, alors pourquoi, si nous sommes dans une aussi facile position, pourquoi, mon bon ami, préparons-nous des canons, des mousquets et des engins de toute sorte? Plus simple, il me semble, est de dire au capitaine d’Artagnan: «Cher ami, nous nous sommes trompés, c’est à refaire; ouvrez-nous la porte, laissez nous passer, et bonjour!»

— Ah! voilà! dit Aramis en secouant la tête.

— Comment, voilà? Est-ce que vous n’approuvez pas ce plan cher ami?

— J’y vois une difficulté.

— Laquelle?

— L’hypothèse où d’Artagnan viendrait avec de tels ordres, que nous soyons obligés de nous défendre.

— Allons donc! nous défendre contre d’Artagnan? Folie! Ce bon d’Artagnan!...

Aramis secoua encore une fois la tête.

— Porthos, dit-il, si j’ai fait allumer les mèches et pointer les canons, si j’ai fait retentir le signal d’alarme, si j’ai appelé tout le monde à son poste sur les remparts, ces bons remparts de Belle-Île que vous avez si bien fortifiés, c’est pour quelque chose. Attendez pour juger, ou plutôt, non, n’attendez pas...