— Mon idée était celle-ci, continua d’Artagnan: vous faire venir à mon bord tous deux, vous avoir près de moi, et puis vous rendre libres. Mais, à présent, qui me dit qu’en retournant sur mon navire je ne rencontrerai pas un supérieur, que je ne trouverai pas des ordres secrets qui m’enlèvent mon commandement pour le donner à quelque autre que moi, et qui disposeront de moi et de vous sans nul espoir de secours?

— Il faut demeurer à Belle-Île, dit résolument Aramis, et je vous réponds, moi, que je ne me rendrai qu’à bon escient.

Porthos ne dit rien. D’Artagnan remarqua le silence de son ami.

— J’ai à essayer encore de cet officier, de ce brave qui m’accompagne, et dont la courageuse résistance me rend bien heureux; car elle accuse un honnête homme, lequel, encore que notre ennemi, vaut mille fois mieux qu’un lâche complaisant. Essayons, et sachons de lui ce qu’il a le droit de faire, ce que sa consigne lui permet ou lui défend.

— Essayons, dit Aramis.

D’Artagnan vint au parapet, se pencha vers les degrés du môle, et appela l’officier, qui monta aussitôt.

— Monsieur, lui dit d’Artagnan, après l’échange des courtoisies les plus cordiales, naturelles entre gentilshommes qui se connaissent et s’apprécient dignement; monsieur, si je voulais emmener ces messieurs d’ici, que feriez vous?

— Je ne m’y opposerais pas, monsieur; mais, ayant ordre direct, ordre formel, de les prendre sous ma garde, je les garderais.

— Ah! fit d’Artagnan.

— C’est fini! dit Aramis sourdement.