— Votre testament? s’écria l’évêque. Allons donc! vous croyez-vous perdu?
— Je me sens fatigué. C’est la première fois, et il y a une habitude dans ma famille.
— Laquelle, mon ami?
— Mon grand-père était un homme deux fois fort comme moi.
— Oh! oh! dit Aramis. C’était donc Samson, votre grand-père?
— Non. Il s’appelait Antoine. Eh bien! il avait mon âge, lorsque, partant pour la chasse un jour, il se sentit les jambes faibles, lui qui n’avait jamais connu ce mal.
— Que signifiait cette fatigue, mon ami?
— Rien de bon, comme vous l’allez voir; car, étant parti se plaignant toujours de ses jambes molles, il trouva un sanglier qui lui fit tête, le manqua de son coup d’arquebuse, et fut décousu par la bête. Il en est mort sur le coup.
— Ce n’est pas une raison pour que vous vous alarmiez, cher Porthos.
— Oh! vous allez voir. Mon père était une fois fort comme moi. C’était un rude soldat de Henri III et de Henri IV, il ne s’appelait pas Antoine, mais Gaspard, comme M. de Coligny. Toujours à cheval, il n’avait jamais su ce que c’est que la lassitude. Un soir qu’il se levait de table, ses jambes lui manquèrent.