— Je l’ai dit tout à l’heure, quand je ne vous connaissais pas; mais, maintenant que je vous connais, je dis: Vous éviterez ce destin funeste, si vous le voulez.

— Comment, si nous le voulons? s’écria Aramis, dont les yeux brillèrent d’intelligence en regardant alternativement son prisonnier et Porthos.

— Pourvu, continua Porthos en regardant à son tour, avec une noble intrépidité, M. de Biscarrat et l’évêque, pourvu qu’on ne nous demande pas de lâchetés.

— On ne vous demandera rien du tout, messieurs reprit le gentilhomme de l’armée royale; que voulez-vous qu’on vous demande? Si l’on vous trouve, on vous tue, c’est chose arrêtée; tâchez donc, messieurs, qu’on ne vous trouve pas.

— Je crois ne pas me tromper, fit Porthos avec dignité, mais il me semble bien que, pour nous trouver, il faut que l’on vienne nous quérir ici.

— En cela vous avez parfaitement raison, mon digne ami, reprit Aramis en interrogeant toujours du regard la physionomie de Biscarrat, silencieux et contraint. Vous voulez, monsieur de Biscarrat, nous dire quelque chose, nous faire quelque ouverture et vous n’osez pas, n’est-il pas vrai?

— Ah! messieurs et amis, c’est qu’en parlant je trahis la consigne; mais, tenez, j’entends une voix qui dégage la mienne en la dominant.

— Le canon! fit Porthos.

— Le canon et la mousqueterie! s’écria l’évêque.

On entendait gronder au loin, dans les roches, ces bruits sinistres d’un combat qui ne dura point.