L’aube teignait de pourpre et de nacre les flots et la plaine; dans le demi-jour, on voyait les petits sapins mélancoliques se tordre sur les pierres, et de longues volées de corbeaux rasaient de leurs ailes noires les maigres champs de sarrasin.

Un quart d’heure encore et le jour serait plein; les oiseaux, réveillés, l’annonçaient joyeusement par leurs chants à toute la nature.

Les aboiements qu’on avait entendus, et qui avaient arrêté les trois pêcheurs prêts à remuer la barque, et fait sortir Aramis et Porthos, se prolongeaient dans une gorge profonde, à une lieue environ de la grotte.

— C’est une meute, dit Porthos; les chiens sont lancés sur une piste.

— Qu’est cela? qui chasse en un pareil moment? pensa Aramis.

— Et par ici, surtout, continua Porthos, par ici où l’on craint l’arrivée des royaux!

— Le bruit se rapproche. Oui, vous avez raison Porthos, les chiens sont sur une trace.

— Eh! mais! s’écria tout à coup Aramis, Yves, Yves, venez donc!

Yves accourut, laissant là le cylindre qu’il tenait encore et qu’il allait placer sous la barque quand cette exclamation de l’évêque interrompit sa besogne.

— Qu’est-ce que cette chasse, patron? dit Porthos.