Porthos saisit cette pierre gigantesque à sa base, appuya dessus sa robuste épaule, et donna un coup qui fit craquer cette muraille. Une nuée de poussière tomba de la voûte avec les cendres de dix mille générations d’oiseaux de mer, dont les nids s’accrochaient comme un ciment à ce rocher.
Au troisième choc, la pierre céda, elle oscilla une minute. Porthos, s’adossant aux roches voisines, fit de son pied un arc-boutant qui chassa le bloc hors des entassements calcaires qui lui servaient de gonds et de scellements.
La pierre tombée, on aperçut le jour, radieux, qui se précipita dans ce souterrain par l’encadrement de la sortie, et la mer bleue apparut aux Bretons enchantés.
On commença dès lors à monter la barque sur cette barricade. Vingt toises encore et elle pouvait glisser dans l’océan.
C’est pendant ce temps que la compagnie arriva, fut rangée par le capitaine et disposée pour l’escalade ou pour l’assaut.
Aramis surveillait tout pour favoriser les travaux de ses amis.
Il vit ce renfort, il compta les hommes, il se convainquit avec un seul coup d’œil de l’infranchissable péril où un nouveau combat les allait engager.
S’enfuir sur la mer au moment où le souterrain allait être envahi, impossible!
En effet, le jour, qui venait d’éclairer les deux derniers compartiments, eût montré aux soldats la barque roulant vers la mer, les deux rebelles à portée de mousquet et une de leurs décharges criblait le bateau, si elle ne tuait pas les cinq navigateurs.
En outre, en supposant tout, si la barque échappait avec les hommes qui la montaient, comment l’alarme ne serait-elle pas donnée? comment un avis ne serait-il pas envoyé aux chalands royaux? comment le pauvre canot, traqué sur mer et guetté sur terre, ne succomberait-il pas avant la fin du jour? Aramis, fouillant avec rage ses cheveux grisonnants, invoqua l’assistance de Dieu et l’assistance du démon.