Aramis ne répondit rien, le navire gagnait toujours.
Alors, d’eux-mêmes, les deux marins, sur l’ordre du patron Yves, abattirent la voile, afin que ce seul point, qui apparaissait sur la surface des flots, cessât de guider l’œil ennemi qui les poursuivait.
De la part du navire en vue, au contraire, la poursuite s’accéléra de deux nouvelles petites voiles que l’on vit monter à l’extrémité des mâts.
Malheureusement, on était aux plus beaux et aux plus longs jours de l’année, et la lune, dans toute sa clarté succédait à ce jour néfaste. La balancelle qui poursuivait la petite barque, vent arrière, avait donc une demi-heure encore de crépuscule, et toute une nuit de demi-clarté.
— Monseigneur! monseigneur! nous sommes perdus! dit le patron; regardez, ils nous voient quoique nous ayons cargué nos voiles.
— Ce n’est pas étonnant, murmura un des matelots, puisqu’on dit que avec l’aide du diable, les gens des villes ont fabriqué des instruments avec lesquels ils voient aussi bien de loin que de près, la nuit que le jour.
Aramis prit au fond de la barque une lunette d’approche, la mit silencieusement au point, et, la passant au matelot:
— Tenez, dit-il, regardez!
Le matelot hésita.
— Tranquillisez-vous, dit l’évêque, il n’y a point péché et, s’il y a péché, je le prends sur moi.