Le comte s’endormit; son sommeil anxieux ressemblait à une souffrance. Celui qui le veillait vit sur ses traits poindre, à plusieurs reprises l’expression d’une torture intérieure. Peut-être Athos rêvait-il. La journée se passa; le fils de Blaisois revint; le courrier n’avait pas apporté de nouvelles. Le comte calculait avec désespoir les minutes, il frémissait quand ces minutes avaient formé une heure. L’idée qu’on l’avait oublié là-bas lui vint une fois et lui coûta une atroce douleur au cœur.

Personne, dans la maison, n’espérait plus que le courrier arrivât, son heure était passée depuis longtemps. Quatre fois, l’exprès envoyé à Blois avait réitéré son voyage, et rien n’était venu à l’adresse du comte.

Athos savait que ce courrier n’arrivait qu’une fois par semaine. C’était donc un retard de huit mortels jours à subir.

Il commença la nuit avec cette douloureuse persuasion.

Tout ce qu’un homme malade et irrité par la souffrance peut ajouter de sombres suppositions à des probabilités déjà tristes, Athos l’entassa pendant les premières heures de cette mortelle nuit.

La fièvre monta; elle envahit la poitrine, où le feu prit bientôt, suivant l’expression du médecin qu’on avait ramené de Blois au dernier voyage du fils de Blaisois.

Bientôt elle gagna la tête. Le médecin pratiqua successivement deux saignées qui la dégagèrent, mais qui affaiblirent le malade et ne laissèrent la force d’action qu’à son cerveau.

Cependant cette fièvre redoutable avait cessé. Elle assiégeait de ses derniers battements les extrémités engourdies; elle finit par céder tout à fait lorsque minuit sonna.

Le médecin, voyant ce mieux incontestable, regagna Blois après avoir ordonné quelques prescriptions et déclaré que le comte était sauvé.

Alors commença, pour Athos, une situation étrange, indéfinissable. Libre de penser, son esprit se porta vers Raoul, vers ce fils bien-aimé. Son imagination lui montra les champs de l’Afrique aux environs de Djidgelli, où M. de Beaufort avait dû débarquer avec son armée.