Porthos regarda le jeune homme comme pour lui dire: «Qu’est-ce que cela me fait, à moi?» Ce muet langage parut si éloquent à Raoul, qu’il n’en demanda pas davantage. Il remonta à cheval. Déjà Porthos, aidé de Grimaud, en avait fait autant.
— Dressons notre plan, dit Raoul.
— Oui, répliqua Porthos, notre plan, c’est cela, dressons-le.
Raoul poussa un grand soupir et s’arrêta soudain.
— Qu’avez-vous? demanda Porthos; une faiblesse?
— Non, l’impuissance! Avons-nous la prétention, à trois, d’aller prendre la Bastille?
— Ah! si d’Artagnan était là, répondit Porthos, je ne dis pas.
Raoul fut saisi d’admiration à la vue de cette confiance héroïque à force d’être naïve. C’étaient donc bien là ces hommes célèbres qui, à trois ou quatre, abordaient des armées ou attaquaient des châteaux! Ces hommes qui avaient épouvanté la mort, et qui survivant à tout un siècle en débris, étaient plus forts encore que les plus robustes d’entre les jeunes.
— Monsieur, dit-il à Porthos, vous venez de me faire naître une idée: il faut absolument voir M. d’Artagnan.
— Sans doute.