«Votre bon ami,
«Le duc de Beaufort.»
Cette lettre renfermait une relation écrite par un des secrétaires du prince. C’était le plus touchant récit et le plus vrai de ce lugubre épisode qui dénouait deux existences.
D’Artagnan, accoutumé aux émotions de la bataille, et le cœur cuirassé contre les attendrissements, ne put s’empêcher de tressaillir en lisant le nom de Raoul, le nom de cet enfant chéri, devenu, comme son père, une ombre.
«Le matin, disait le secrétaire du prince, M. le duc commanda l’attaque. Normandie et Picardie avaient pris position dans les roches grises dominées par le talus de la montagne, sur le versant de laquelle s’élèvent les bastions de Djidgelli.
«Le canon, commençant à tirer, engagea l’action; les régiments marchèrent pleins de résolution; les piquiers avaient la pique haute; les porteurs de mousquets avaient l’arme au bras. Le prince suivait attentivement la marche et le mouvement des troupes, qu’il était prêt à soutenir avec une forte réserve.
«Auprès de Monseigneur étaient les plus vieux capitaines et ses aides de camp. M. le vicomte de Bragelonne avait reçu l’ordre de ne pas quitter Son Altesse.
«Cependant le canon de l’ennemi, qui d’abord avait tonné indifféremment contre les masses, avait réglé son feu, et les boulets, mieux dirigés, étaient venus tuer quelques hommes autour du prince. Les régiments formés en colonne, et qui s’avançaient contre les remparts, furent un peu maltraités. Il y avait hésitation de la part de nos troupes, qui se voyaient mal secondées par notre artillerie. En effet, les batteries qu’on avait établies la veille n’avaient qu’un tir faible et incertain, en raison de leur position. La direction de bas en haut nuisait à la justesse des coups et de la portée.
«Monseigneur, comprenant le mauvais effet de cette position de l’artillerie de siège, commanda aux frégates embossées dans la petite rade de commencer un feu régulier contre la place.
«Pour porter cet ordre, M. de Bragelonne s’offrit tout d’abord; mais Monseigneur refusa d’acquiescer à la demande du vicomte.