«Monseigneur s’adoucit un peu, et, se tournant vers ses officiers qui se pressaient autour de lui, donna différents ordres.

«Les grenadiers des deux régiments arrivèrent assez près des fossés et des retranchements pour y lancer leurs grenades, qui firent peu d’effet.

«Cependant, M. d’Estrées, qui commandait la flotte, ayant vu la tentative du sergent pour approcher des vaisseaux, comprit qu’il fallait tirer sans ordres et ouvrir le feu.

«Alors les Arabes, se voyant frappés par les boulets de la flotte et par les ruines et les éclats de leurs mauvaises murailles, poussèrent des cris effrayants.

«Leurs cavaliers descendirent la montagne au galop, courbés sur leurs selles, et se lancèrent à fond de train sur les colonnes d’infanterie, qui, croisant les piques, arrêtèrent cet élan fougueux. Repoussés par l’attitude ferme du bataillon, les Arabes vinrent de grande furie se rejeter vers l’état-major qui n’était point gardé en ce moment.

«Le danger fut grand: Monseigneur tira l’épée; ses secrétaires et ses gens l’imitèrent; les officiers de sa suite engagèrent un combat avec ces furieux.

«Ce fut alors que M. de Bragelonne put contenter l’envie qu’il manifestait depuis le commencement de l’action. Il combattit près du prince avec une vigueur de Romain, et tua trois Arabes avec sa petite épée.

«Mais il était visible que sa bravoure ne venait pas d’un sentiment d’orgueil, naturel à tous ceux qui combattent. Elle était impétueuse, affectée, forcée même; il cherchait à s’enivrer du bruit et du carnage.

«Il s’échauffa de telle sorte, que Monseigneur lui cria d’arrêter.

«Il dut entendre la voix de Son Altesse, puisque nous l’entendions, nous qui étions à ses côtés. Cependant il ne s’arrêta pas, et continua de courir vers les retranchements.