— Oh! pas autant que vous croyez; car, en amitié ordinaire, on s’embrasse, on se fête, et cela coûte seulement un baiser ou une réception, frais faciles; mais en amitié politique...

— Ah! c’est une amitié politique?

— Oui, ma sœur, et alors, au lieu d’accolades et de festins, ce sont des soldats qu’il faut servir tout vivants et tout équipés à son ami; des vaisseaux qu’il faut lui offrir tout armés avec canons et vivres. Il en résulte qu’on n’a pas toujours ses coffres disposés à faire de ces amitiés là.

— Ah! vous avez raison, dit Madame... les coffres du roi d’Angleterre sont un peu sonores depuis quelque temps.

— Mais vous, ma sœur, vous qui avez tant d’influence sur votre frère, vous obtiendrez peut-être ce qu’un ambassadeur n’obtiendra jamais.

— Il faut pour cela que j’allasse à Londres, mon cher frère.

— J’y avais bien pensé, repartit vivement le roi, et je m’étais dit qu’un voyage semblable vous donnerait un peu de distraction.

— Seulement, interrompit Madame, il est possible que j’échoue. Le roi d’Angleterre a des conseillers dangereux.

— Des conseillères, voulez-vous dire?

— Précisément. Si, par hasard, Votre Majesté avait l’intention, je ne fais que supposer, de demander à Charles II son alliance pour une guerre...