— Nous parlions des canaux et des marais où l’on se noie.
— Eh bien?
— Eh bien! si l’on se noie, c’est faute d’un bateau, d’une planche, d’un bâton.
— D’un bâton si court qu’il soit, dit d’Artagnan.
— Précisément, fit Colbert. Aussi, je ne connais pas d’exemple qu’un maréchal de France se soit jamais noyé.
D’Artagnan pâlit de joie, et, d’une voix mal assurée:
— On serait bien fier de moi dans mon pays, dit-il, si j’étais maréchal de France; mais il faut avoir commandé en chef une expédition pour obtenir le bâton.
— Monsieur, lui dit Colbert, voici dans ce carnet, que vous méditerez, un plan de campagne que vous aurez à faire observer au corps de troupes que le roi met sous vos ordres pour la campagne, au printemps prochain.
D’Artagnan prit le livre en tremblant, et ses doigts rencontrant ceux de Colbert, le ministre serra loyalement la main du mousquetaire.
— Monsieur, lui dit-il, nous avions tous deux une revanche à prendre l’un sur l’autre. J’ai commencé; à votre tour!