«Ce consentement serait valable, même si l’Angleterre, au lieu de se porter active, se contentait de demeurer neutre.

«Quant au Portugal, dont nous avions parlé vous et moi, monsieur, je puis vous assurer qu’il contribuera de toutes ses ressources à aider le roi Très Chrétien dans sa guerre.

«Je vous prie, monsieur Colbert, de me vouloir garder votre amitié, comme aussi de croire à mon profond attachement, et de mettre mon respect aux pieds de Sa Majesté Très Chrétienne.

Signé: Duc d’Alaméda.»

Aramis avait donc tenu plus qu’il n’avait promis; il restait à savoir comment le roi, M. Colbert et M. d’Artagnan seraient fidèles les uns aux autres.

Au printemps, comme l’avait prédit Colbert, l’armée de terre entra en campagne.

Elle précédait, dans un ordre magnifique, la Cour de Louis XIV, qui, parti à cheval, entouré de carrosses pleins de dames et de courtisans, menait à cette fête sanglante l’élite de son royaume.

Les officiers de l’armée n’eurent, il est vrai, d’autre musique que l’artillerie des forts hollandais; mais ce fut assez pour un grand nombre, qui trouvèrent dans cette guerre les honneurs, l’avancement, la fortune ou la mort.

M. d’Artagnan partit, commandant un corps de douze mille hommes, cavalerie et infanterie, avec lequel il eut ordre de prendre les différentes places qui sont les nœuds de ce réseau stratégique qu’on appelle la Frise.

Jamais armée ne fut conduite plus galamment à une expédition. Les officiers savaient que le maître, aussi prudent, aussi rusé qu’il était brave, ne sacrifierait ni un homme ni un pouce de terrain sans nécessité.