— Sire, répondit le comte, je n’ai pas eu le temps de dire au roi ce que j’étais venu lui dire, et je vois si rarement le roi, que je dois saisir l’occasion.
— Vous en étiez à des suppositions; vous allez passer aux offenses.
— Oh! Sire, offenser le roi, moi? Jamais! J’ai toute ma vie soutenu que les rois sont au-dessus des autres hommes, non seulement par le rang et la puissance mais par la noblesse du cœur et la valeur de l’esprit. Je ne me ferai jamais croire que mon roi, celui qui m’a dit une parole, cachait avec cette parole une arrière-pensée.
— Qu’est-ce à dire? quelle arrière-pensée?
— Je m’explique, dit froidement Athos. Si, en refusant la main de Mlle de La Vallière à M. de Bragelonne, Votre Majesté avait un autre but que le bonheur et la fortune du vicomte...
— Vous voyez bien, monsieur, que vous m’offensez.
— Si, en demandant un délai au vicomte, Votre Majesté avait voulu éloigner seulement le fiancé de Mlle de La Vallière...
— Monsieur! Monsieur!
— C’est que je l’ai ouï dire partout, Sire. Partout l’on parle de l’amour de Votre Majesté pour Mlle de La Vallière.
Le roi déchira ses gants, que, par contenance, il mordillait depuis quelques minutes.