— C'est bien heureux.
— Mais ces quinze écus sont pour mon maître, continua Samuel, et il me faut bien aussi quelque chose pour moi.
Le marchand jeta les yeux autour de lui en tirant à demi sa dague du fourreau. Évidemment il avait l'intention de faire à la peau de Samuel un accroc qui l'eût dispensé à tout jamais de racheter une cuirasse pour remplacer celle qu'il venait de vendre; mais Samuel avait l'oeil alerte comme un moineau qui vendange, et il recula en disant:
— Oui, oui, bon marchand, je vois ta dague; mais je vois encore autre chose: cette figure au balcon qui te voit aussi.
Le marchand, blême de frayeur, regarda dans la direction indiquée par Samuel, et vit en effet au balcon une longue et fantastique créature, enveloppée dans une robe de chambre en fourrures de peaux de chat: cet argus n'avait perdu ni une syllabe ni un geste de la dernière scène.
— Allons, allons, vous faites de moi ce que vous voulez, dit le marchand avec un rire pareil à celui du chacal qui montre ses dents, voilà un écus en plus. Et que le diable vous étrangle! ajouta-t-il tout bas. — Merci, dit Samuel; bon négoce!
Et saluant l'homme aux cuirasses, il disparut en ricanant.
Le marchand, demeuré seul dans la rue, se mit à ramasser la cuirasse de
Pertinax et à l'enchâsser dans celle de Fournichon.
Le bourgeois regardait toujours, puis quand il vit le marchand bien empêché:
— Il paraît, monsieur, lui dit-il, que vous achetez des armures?