Les deux valets se précipitèrent vers la porte.
— Un moment! dit Catherine, en les clouant par ce seul mot sur le seuil. Vous seuls et moi nous savons ce que je viens de vous dire; je ne le dirai pas, moi; si quelqu'un l'apprend, ce sera par l'un de vous; ce jour-là vous mourrez tous deux. Allez!
Catherine interrogea moins ouvertement les deux gouverneurs. Elle leur dit que le duc avait reçu de certaine personne une mauvaise nouvelle qui l'avait affecté profondément, que là était la cause de son mal, qu'en interrogeant de nouveau les personnes, le duc se remettrait sans doute de son alarme.
Les gouverneurs firent fouiller la ville, le parc, les environs, nul ne sut dire ce qu'étaient devenus Remy et Diane.
Henri seul connaissait le secret, et il n'y avait point danger qu'il le révélât.
Tout le jour, l'affreuse nouvelle, commentée, exagérée, tronquée, parcourut Château-Thierry et la province; chacun expliqua, selon son caractère et son penchant, l'accident survenu au duc.
Mais nul, excepté Catherine et du Bouchage, ne s'avoua que le duc était un homme mort.
Ce malheureux prince ne recouvra pas la voix ni le sentiment, ou, pour mieux dire, il ne donna plus aucun signe d'intelligence.
Le roi, frappé d'impressions lugubres, ce qu'il redoutait le plus au monde, eût bien voulu repartir pour Paris; mais la reine-mère s'opposa à ce départ, et force fut à la cour de demeurer au château.
Les médecins arrivèrent en foule; Miron seul devina la cause du mal, et jugea sa gravité; mais il était trop bon courtisan pour ne pas taire la vérité, surtout lorsqu'il eut consulté les regards de Catherine.