—D’ailleurs comment reviendrais-je le premier?
—En faisant une chose que vous sauriez lui être agréable.
—Laquelle?
—Donnez un bal; vous savez combien la reine aime la danse; je vous réponds que sa rancune ne tiendra point à une pareille attention.
—Monsieur le cardinal, vous savez que je n’aime pas tous les plaisirs mondains.
—La reine ne vous en sera que plus reconnaissante, puisqu’elle sait votre antipathie pour ce plaisir; d’ailleurs, ce sera une occasion pour elle de mettre ces beaux ferrets de diamants que vous lui avez donnés l’autre jour à sa fête, et dont elle n’a pas encore eu le temps de se parer.
—Nous verrons, monsieur le cardinal, nous verrons, dit le roi, qui, dans sa joie de trouver la reine coupable d’un crime dont il se souciait peu, et innocente d’une faute qu’il redoutait fort, était tout prêt à se raccommoder avec elle; nous verrons, mais sur mon honneur vous êtes trop indulgent.
—Sire, dit le cardinal, laissez la sévérité aux ministres, l’indulgence est la vertu royale; usez-en, et vous verrez que vous vous en trouverez bien.
Sur quoi le cardinal, entendant la pendule sonner onze heures, s’inclina profondément, demandant congé au roi pour se retirer, et le suppliant de se raccommoder avec la reine.
Anne d’Autriche, qui, à la suite de la saisie de sa lettre, s’attendait à quelque reproche, fut étonnée de voir le lendemain le roi faire près d’elle des tentatives de rapprochement. Son premier mouvement fut répulsif, son orgueil de femme et sa dignité de reine avaient été tous deux si cruellement offensés qu’elle ne pouvait revenir ainsi du premier coup; mais vaincue par le conseil de ses femmes, elle eut enfin l’air de commencer à oublier. Le roi profita de ce premier moment de retour pour lui dire qu’incessamment il comptait donner une fête.