—Vous l’alliez bien confier à M. Bonacieux, dit d’Artagnan avec dépit.
—Comme on confie une lettre au creux d’un arbre, à l’aile d’un pigeon, au collier d’un chien.
—Et cependant, moi, vous voyez bien que je vous aime.
—Vous le dites.
—Je suis un galant homme!
—Je le crois.
—Je suis brave!
—Oh! cela, j’en suis sûre.
—Alors, mettez-moi à l’épreuve.
Madame Bonacieux regarda le jeune homme, retenue par une dernière hésitation. Mais il y avait une telle ardeur dans ses yeux, une telle persuasion dans sa voix, qu’elle se sentit entraînée à se fier à lui. D’ailleurs elle se trouvait dans une de ces circonstances où il faut risquer le tout pour le tout. La reine était aussi bien perdue par une trop grande retenue que par une trop grande confiance. Puis, avouons-le, le sentiment involontaire qu’elle éprouvait pour ce jeune protecteur la décida à parler.