—Écoutez, lui dit-elle, je me rends à vos protestations et je cède à vos assurances. Mais je vous jure devant Dieu, qui nous entend, que si vous me trahissez et que mes ennemis me pardonnent, je me tuerai en vous accusant de ma mort.

—Et moi, je vous jure devant Dieu, madame, dit d’Artagnan, que si je suis pris en accomplissant les ordres que vous me donnez, je mourrai avant de rien faire ou dire qui compromette quelqu’un.

Alors la jeune femme lui confia le terrible secret dont le hasard lui avait déjà révélé une partie en face de la Samaritaine.

Ce fut leur mutuelle déclaration d’amour.

D’Artagnan rayonnait de joie et d’orgueil. Ce secret qu’il possédait, cette femme qu’il aimait, la confiance et l’amour, faisaient de lui un géant.

—Je pars, dit-il, je pars sur-le-champ.

—Comment! vous partez! s’écria madame Bonacieux; et votre régiment, votre capitaine?

—Sur mon âme, vous m’aviez fait oublier tout cela, chère Constance! oui, vous avez raison, il me faut un congé.

—Encore un obstacle, murmura madame Bonacieux avec douleur.

—Oh! celui-là, s’écria d’Artagnan après un moment de réflexion, je le surmonterai, soyez tranquille.