—Et vous êtes revenu, vous, n’est-ce pas? reprit M. Bonacieux en donnant à sa physionomie son air le plus malin. Un beau garçon comme vous n’obtient pas de longs congés de sa maîtresse et nous étions impatiemment attendu à Paris, n’est-ce pas?
—Ma foi, dit en riant le jeune homme, je vous l’avoue, d’autant mieux, mon cher monsieur Bonacieux, que je vois qu’on ne peut rien vous cacher. Oui, j’étais attendu, et bien impatiemment, je vous en réponds.
Un léger nuage passa sur le front de Bonacieux, mais si léger que d’Artagnan ne s’en aperçut pas.
—Et nous allons être récompensé de notre diligence? continua le mercier avec une légère altération dans la voix, altération que d’Artagnan ne remarqua pas plus qu’il n’avait fait du nuage momentané qui, un instant auparavant, avait assombri la figure du digne homme.
—Ah! faites donc le bon apôtre! dit en riant d’Artagnan.
—Non, ce que je vous en dis, reprit Bonacieux, c’est seulement pour savoir si nous rentrons tard.
—Pourquoi cette question, mon cher hôte? demanda d’Artagnan; est-ce que vous comptez m’attendre?
—Non, c’est que depuis mon arrestation et le vol qui a été commis chez moi, je m’effraye chaque fois que j’entends ouvrir une porte, et surtout la nuit. Dame, que voulez-vous! je ne suis point homme d’épée, moi!