—Eh bien! ne vous effrayez pas si je rentre à une heure, à deux ou trois heures du matin; si je ne rentre pas du tout, ne vous effrayez pas encore.

Cette fois Bonacieux devint si pâle que d’Artagnan ne put faire autrement que de s’en apercevoir et lui demanda ce qu’il avait.

—Rien, répondit Bonacieux, rien. Depuis mes malheurs, seulement, je suis sujet à des faiblesses qui me prennent tout à coup, et je viens de me sentir passer un frisson. Ne faites pas attention à cela, vous qui n’avez à vous occuper que d’être heureux.

—Alors j’ai de l’occupation, car je le suis.

—Pas encore, attendez donc, vous avez dit: A ce soir.

—Eh bien, ce soir arrivera, Dieu merci! et peut-être l’attendez-vous avec autant d’impatience que moi. Peut-être ce soir madame Bonacieux visitera-t-elle le domicile conjugal?

—Madame Bonacieux n’est pas libre ce soir, répondit gravement le mari; elle est retenue au Louvre par son service.

—Tant pis pour vous, mon cher hôte, tant pis; quand je suis heureux, moi, je voudrais que tout le monde le fût, mais il paraît que ce n’est pas possible.

Et le jeune homme s’éloigna en riant aux éclats de la plaisanterie que lui seul, pensait-il, pouvait comprendre.

—Amusez-vous bien! répondit Bonacieux avec un accent sépulcral.