Mais d’Artagnan ne tint aucun compte de l’éloquent discours de maître Bazin, et comme il ne se souciait pas d’entamer une polémique avec le valet de son ami, il l’écarta tout simplement d’une main, et de l’autre il tourna le bouton de la porte numéro 5.

La porte s’ouvrit, et d’Artagnan pénétra dans la chambre.

Aramis, en surtout noir, le chef accommodé d’une espèce de coiffure ronde et plate qui ne ressemblait pas mal à une calotte, était assis devant une table oblongue couverte de rouleaux de papier et d’énormes in-folio; à sa droite était assis le supérieur des jésuites et à sa gauche le curé de Montdidier. Les rideaux étaient à demi clos et ne laissaient pénétrer qu’un jour mystérieux, ménagé pour une béate rêverie. Tous les objets mondains qui peuvent frapper l’œil quand on entre dans la chambre d’un jeune homme, et surtout lorsque ce jeune homme est mousquetaire, avaient disparu comme par enchantement, et, de peur sans doute que leur vue ne ramenât son maître aux idées de ce monde, Bazin avait fait main basse sur l’épée, les pistolets, le chapeau à plumes, les broderies et dentelles de tout genre et de toute espèce. Mais en leur lieu et place, d’Artagnan crut apercevoir dans un coin obscur comme une forme de discipline suspendue par un clou à la muraille.

Au bruit que fit d’Artagnan en ouvrant la porte, Aramis leva la tête et reconnut son ami. Mais au grand étonnement du jeune homme, sa vue ne parut pas produire une grande impression sur le mousquetaire, tant son esprit était détaché des choses de la terre.

—Bonjour, cher d’Artagnan, dit Aramis; croyez que je suis heureux de vous voir.

—Et moi aussi, dit d’Artagnan, quoique je ne sois pas encore bien sûr que ce soit à Aramis que je parle.

—A lui-même, mon ami, à lui-même; mais qui a pu vous faire douter?...

—J’avais peur de me tromper de chambre et j’ai cru d’abord entrer dans l’appartement de quelque homme d’église; puis une autre erreur m’a pris en vous trouvant en compagnie de ces messieurs, c’est que vous ne fussiez gravement malade.

Les deux hommes noirs lancèrent sur d’Artagnan, dont ils comprirent l’intention, un regard presque menaçant; mais d’Artagnan ne s’en inquiéta pas.

—Je vous trouble peut-être, mon cher Aramis, continua d’Artagnan, car, d’après ce que je vois, je suis porté à croire que vous vous confessez à ces messieurs.