Aramis rougit imperceptiblement.
—Vous, me troubler? oh! bien au contraire, cher ami, je vous le jure; et comme preuve de ce que je dis, permettez-moi de me réjouir en vous voyant sain et sauf.
—Ah! il y vient enfin! pensa d’Artagnan, ce n’est pas malheureux!
—Car monsieur, qui est mon ami, vient d’échapper à un rude danger, continua Aramis avec onction, en montrant de la main d’Artagnan aux deux ecclésiastiques.
—Louez Dieu, monsieur, répondirent ceux-ci en s’inclinant à l’unisson.
—Je n’y ai pas manqué, mes révérends, répondit le jeune homme en leur rendant leur salut à son tour.
—Vous arrivez à propos, cher d’Artagnan, dit Aramis, et vous allez, en prenant part à la discussion, l’éclairer de vos lumières. M. le principal d’Amiens, M. le curé de Montdidier et moi, nous argumentons sur certaines questions théologiques dont l’intérêt nous captive depuis longtemps; je serais charmé d’avoir votre avis.
—L’avis d’un homme d’épée est bien dénué de poids, répondit d’Artagnan, qui commençait à s’inquiéter de la tournure que prenaient les choses, et vous pouvez vous en tenir, croyez-moi, à la science de ces messieurs.
Les deux hommes noirs saluèrent à leur tour.
—Au contraire, reprit Aramis, et votre avis nous sera précieux; voici de quoi il s’agit: M. le principal croit que ma thèse doit être surtout dogmatique et didactique.