»—Je voudrais que vous eussiez le loisir de venir faire un tour de promenade avec moi.

»—Demain matin, si vous le voulez bien, et ce sera avec le plus grand plaisir.

»—Non pas demain matin, s’il vous plaît, tout de suite.

»—Si vous l’exigez absolument...

»—Mais, oui, je l’exige.

»—Alors, sortons. Mesdames, dit l’officier, ne vous dérangez pas. Le temps de tuer monsieur seulement, et je reviens vous achever le dernier couplet.

»Nous sortîmes. Je le menai rue Payenne, juste à l’endroit où un an auparavant, heure pour heure, il m’avait fait le compliment que je vous ai rapporté. Il faisait un clair de lune superbe. Nous mîmes l’épée à la main, et à la première passe je le tuai raide.

—Diable! fit d’Artagnan.

—Or, continua Aramis, comme les dames ne virent pas revenir leur chanteur, et qu’on le trouva rue Payenne avec un grand coup d’épée au travers du corps, on pensa que c’était moi qui l’avais accommodé ainsi, et la chose fit scandale. Je fus donc pour quelque temps forcé de renoncer à la soutane. Athos, dont je fis la connaissance à cette époque, et Porthos, qui m’avait, en dehors de mes leçons d’escrime, appris quelques bottes gaillardes, me décidèrent à demander une casaque de mousquetaire. Le roi avait fort aimé mon père tué au siège d’Arras, on m’accorda cette casaque. Vous comprenez donc qu’aujourd’hui, le moment est venu pour moi de rentrer dans le sein de l’Église.

—Et pourquoi aujourd’hui plutôt qu’hier et que demain? Que vous est-il donc arrivé aujourd’hui qui vous donne de si méchantes idées?