—Hélas! mon cher Aramis! dit d’Artagnan en poussant à son tour un profond soupir, c’est mon histoire à moi-même que vous faites là.

—Comment?

—Oui, une femme que j’aimais, que j’adorais, vient de m’être enlevée de force. Je ne sais pas où elle est, où on l’a conduite; elle est peut-être prisonnière, elle est peut-être morte.

—Mais vous avez au moins cette consolation de vous dire qu’elle ne vous a pas quitté volontairement: que si vous n’avez point de ses nouvelles, c’est que toute communication avec vous lui est interdite, tandis que...

—Tandis que?...

—Rien, reprit Aramis, rien.

—Ainsi, vous renoncez à jamais au monde; c’est un parti pris, une résolution arrêtée?

—A tout jamais. Vous êtes mon ami aujourd’hui, demain vous ne serez plus pour moi qu’une ombre; ou plutôt, même, vous n’existerez plus. Quant au monde, c’est un sépulcre et pas autre chose.

—Diable! c’est fort triste, ce que vous me dites là.

—Que voulez-vous! ma vocation m’attire, elle m’enlève.