Les jeunes gens éclatèrent de rire, et, comme on le pense bien, l’affaire n’eut pas d’autre suite. Au bout d’un instant, la conversation cessa, et les trois gardes et le mousquetaire, après s’être cordialement serré la main, tirèrent, les trois gardes de leur côté, et Aramis du sien.

—Voilà le moment de faire ma paix avec ce galant homme, se dit à part lui d’Artagnan, qui s’était tenu un peu à l’écart pendant toute la dernière partie de cette conversation.

Et, sur ce bon sentiment, se rapprochant d’Aramis, qui s’éloignait sans faire autrement attention à lui:

—Monsieur, lui dit-il, vous m’excuserez, je l’espère.

—Ah! monsieur, interrompit Aramis, permettez-moi de vous faire observer que vous n’avez point agi en cette circonstance comme un galant homme le devait faire.

—Quoi, monsieur! s’écria d’Artagnan, vous supposez...

—Je suppose, monsieur, que vous n’êtes pas un sot, et que vous savez bien, quoique arrivant de Gascogne, qu’on ne marche pas sans cause sur les mouchoirs de poche. Que diable, Paris n’est point pavé de batiste!

—Monsieur, vous avez tort de chercher à m’humilier, dit d’Artagnan, chez qui le naturel querelleur commençait à parler plus haut que les résolutions pacifiques. Je suis de Gascogne, c’est vrai, et, puisque vous le savez, je n’aurai pas besoin de vous dire que les Gascons sont peu endurants; de sorte que lorsqu’ils se sont excusés une fois, fût-ce d’une sottise, ils sont convaincus qu’ils ont déjà fait moitié plus qu’ils ne devaient faire.

—Monsieur, ce que je vous en dis, répondit Aramis, n’est point pour vous chercher une querelle. Dieu merci! je ne suis pas un spadassin, et n’étant mousquetaire que par intérim, je ne me bats que lorsque j’y suis forcé, et toujours avec une grande répugnance; mais cette fois l’affaire est grave, car voici une dame compromise par vous.

—Par nous, c’est-à-dire, s’écria d’Artagnan.