Il y avait deux moyens d’arriver à son but: le fouiller sur place, ou l’emporter en se faisant un bouclier de son corps, et le fouiller dans la tranchée.
D’Artagnan préféra le second moyen et chargea l’assassin sur ses épaules au moment même où l’ennemi faisait feu.
Une légère secousse, le bruit mat de trois balles qui trouaient les chairs, un dernier cri, un frémissement d’agonie prouvèrent à d’Artagnan que celui qui avait voulu l’assassiner venait de lui sauver la vie.
D’Artagnan regagna la tranchée et jeta le cadavre auprès du blessé aussi pâle qu’un mort. Aussitôt il commença l’inventaire: un portefeuille de cuir, une bourse où se trouvait évidemment une partie de la somme que le bandit avait reçue, un cornet et des dés formaient l’héritage du mort.
Il laissa le cornet et les dés où ils étaient tombés, jeta la bourse au blessé et ouvrit avidement le portefeuille.
Au milieu de quelques papiers sans importance, il trouva la lettre suivante: c’était celle qu’il était allé chercher au risque de sa vie.
«Puisque vous avez perdu la trace de cette femme et qu’elle est maintenant en sûreté dans ce couvent où vous n’auriez jamais dû la laisser arriver, tâchez au moins de ne pas manquer l’homme; sinon, vous savez que j’ai la main longue et que vous payeriez cher les cent louis que vous avez à moi.»
Pas de signature. Néanmoins il était évident que la lettre venait de milady. En conséquence, il la garda comme pièce de conviction, et, en sûreté derrière l’angle de la tranchée, il se mit à interroger le blessé. Celui-ci confessa qu’il s’était chargé avec son camarade, le même qui venait d’être tué, d’enlever une femme jeune qui devait sortir de Paris par la barrière de la Villette, mais que, s’étant arrêtés à boire dans un cabaret, ils avaient manqué la voiture de dix minutes.