—Allons, dit Athos, c’est bien, je vois que vous me reconnaissez.
—Le comte de La Fère! murmura milady en reculant jusqu’à ce que la muraille l’empêchât d’aller plus loin.
—Oui, milady, répondit Athos, le comte de La Fère en personne, qui vient tout exprès de l’autre monde pour avoir le plaisir de vous voir. Asseyons-nous donc, et causons, comme dit M. le cardinal.
Milady, dominée par une terreur invincible, s’assit sans proférer une seule parole.
—Vous êtes donc un démon envoyé sur la terre! dit Athos. Votre puissance est grande, je le sais; mais vous savez aussi qu’avec l’aide de Dieu les hommes ont souvent vaincu les démons les plus puissants. Vous vous êtes déjà trouvée sur mon chemin: je croyais vous avoir terrassée, madame; mais, ou je me trompai, ou l’enfer vous a ressuscitée.
Milady, à ces paroles, qui lui rappelaient des souvenirs effroyables, baissa la tête avec un gémissement sourd.
—Oui, l’enfer vous a ressuscitée, reprit Athos, l’enfer vous a faite riche, l’enfer vous a donné un autre nom, l’enfer vous a presque refait même un autre visage; mais il n’a effacé ni les souillures de votre âme, ni la flétrissure de votre corps.
Milady se leva comme mue par un ressort, et ses yeux lancèrent des éclairs. Athos resta assis.
—Vous me croyiez mort, n’est-ce pas, comme je vous croyais morte? et ce nom d’Athos avait caché le comte de La Fère, comme le nom de milady Clarick avait caché Anne de Bueil! N’était-ce pas ainsi que vous vous appeliez quand votre honoré frère nous a mariés? Notre position est vraiment étrange, poursuivit Athos en riant; nous n’avons vécu jusqu’à présent l’un et l’autre que parce que nous nous croyions morts, et qu’un souvenir gêne moins qu’une créature, quoique ce soit chose dévorante parfois qu’un souvenir!
—Mais enfin, dit milady d’une voix sourde, qui vous ramène vers moi? et que me voulez-vous?