C’est par mon ordre et pour le bien de l’État que le porteur du présent a fait ce qu’il a fait.

RICHELIEU.

5 août 1628.

—Et maintenant, dit Athos en reprenant son manteau et en replaçant son feutre sur sa tête, maintenant que je t’ai arraché les dents, vipère, mords si tu peux.

Et il sortit de la chambre sans même regarder en arrière.

A la porte il trouva les deux hommes et le cheval qu’ils tenaient en main.

—Messieurs, dit-il, l’ordre de monseigneur, vous le savez, est de conduire cette femme, sans perdre de temps, au fort de la Pointe et de ne la quitter que lorsqu’elle sera à bord.

Comme ces paroles s’accordaient effectivement avec l’ordre qu’ils avaient reçu, ils inclinèrent la tête en signe d’assentiment.

Quant à Athos, il se mit légèrement en selle et partit au galop; seulement, au lieu de suivre la route, il prit à travers champs, piquant avec vigueur son cheval et de temps en temps s’arrêtant pour écouter.

Dans une de ces haltes, il entendit sur la route le pas de plusieurs chevaux. Il ne douta point que ce ne fût le cardinal et son escorte. Aussitôt il fit une nouvelle pointe en avant, bouchonna son cheval avec de la bruyère et des feuilles d’arbres, et vint se mettre en travers de la route à deux cents pas du camp à peu près.