—Pardieu! dit Athos, c’était bien la peine de nous déranger pour une vingtaine de drôles armés de pioches, de hoyaux et de pelles! Grimaud n’aurait eu qu’à leur faire signe de s’en aller, et je suis convaincu qu’ils nous eussent laissés tranquilles.
—J’en doute, dit d’Artagnan, car ils avancent fort résolument de ce côté. D’ailleurs, il y a avec les travailleurs quatre soldats et un brigadier armés de mousquets.
—C’est qu’ils ne nous ont pas vus, dit Athos.
—Ma foi! dit Aramis, j’avoue que j’ai répugnance à tirer sur ces pauvres diables de bourgeois.
—Mauvais prêtre, dit Porthos, qui a pitié des hérétiques!
—En vérité, dit Athos, Aramis a raison, je vais les prévenir.
—Que diable faites-vous donc? dit d’Artagnan, vous allez vous faire fusiller, mon cher.
Mais Athos ne tint aucun compte de l’avis, et, montant sur la brèche, son fusil d’une main et son chapeau de l’autre:
—Messieurs, dit-il en s’adressant aux soldats et aux travailleurs, qui, étonnés de cette apparition, s’arrêtèrent à cinquante pas environ du bastion, et en les saluant courtoisement; messieurs, nous sommes, quelques amis et moi, en train de déjeuner dans ce bastion. Or, vous savez que rien n’est désagréable comme d’être dérangé quand on déjeune, nous vous prions donc, si vous avez absolument affaire ici, d’attendre que nous ayons fini notre repas, ou de repasser plus tard; à moins qu’il ne vous prenne la salutaire envie de quitter le parti de la rébellion et de venir boire avec nous à la santé du roi de France.