—Prends garde, Athos! s’écria d’Artagnan; ne vois-tu pas qu’ils te mettent en joue?

—Si fait, si fait, dit Athos, mais ce sont des bourgeois, qui tirent fort mal et qui n’auront garde de me toucher.

En effet, au même instant quatre coups de fusil partirent, et les balles vinrent s’aplatir autour d’Athos, mais sans qu’aucune le touchât. Quatre coups de fusil leur répondirent presque en même temps, mais ils étaient mieux dirigés que ceux des agresseurs, trois soldats tombèrent tués raide, et un des travailleurs fut blessé.

—Grimaud, un autre mousquet! dit Athos toujours sur la brèche.

Grimaud obéit aussitôt. De leur côté, les trois amis avaient chargé leurs armes; une seconde décharge suivit la première: le brigadier et deux pionniers tombèrent morts, le reste de la troupe prit la fuite.

—Allons, messieurs, une sortie, dit Athos.

Et les quatre amis, s’élançant hors du fort, parvinrent jusqu’au champ de bataille, ramassèrent les quatre mousquets des soldats et la demi-pique du brigadier; et, convaincus que les fuyards ne s’arrêteraient qu’à la ville, reprirent le chemin du bastion, rapportant les trophées de leur victoire.

—Rechargez les armes, Grimaud, dit Athos, et nous, messieurs, reprenons notre déjeuner et continuons notre conversation. Où en étions-nous?

—Je me le rappelle, dit d’Artagnan, tu disais qu’après avoir demandé ma tête au cardinal, milady avait quitté les côtes de France. Et où va-t-elle? ajouta d’Artagnan, qui se préoccupait fort de l’itinéraire que devait suivre milady.