—Laissez-moi faire, Felton, laissez-moi faire, dit milady en s’exaltant; tout soldat doit être ambitieux, n’est-ce pas? vous êtes lieutenant, eh bien! vous suivrez mon convoi avec le grade de capitaine.
—Mais que vous ai-je donc fait, dit Felton ébranlé, pour que vous me chargiez d’une pareille responsabilité devant les hommes et devant Dieu? Dans quelques jours vous allez être hors d’ici, madame, votre vie ne sera plus sous ma garde, et, ajouta-t-il avec un soupir, alors vous en ferez ce que vous voudrez.
—Ainsi, s’écria milady, comme si elle ne pouvait résister à une sainte indignation, vous, un homme pieux, vous que l’on appelle un juste, vous ne demandez qu’une chose: c’est de n’être point inculpé, inquiété pour ma mort!
—Je dois veiller sur votre vie, madame, et j’y veillerai.
—Mais comprenez-vous la mission que vous remplissez? cruelle déjà si j’étais coupable, quel nom lui donnerez-vous, quel nom le Seigneur lui donnera-t-il, si je suis innocente?
—Je suis soldat, madame, et j’accomplis les ordres que j’ai reçus.
—Croyez-vous qu’au jour du jugement dernier Dieu séparera les bourreaux aveugles des juges iniques? vous ne voulez pas que je tue mon corps, et vous vous faites l’agent de celui qui veut tuer mon âme!
—Mais, je vous le répète, reprit Felton ébranlé, aucun danger ne vous menace, et je réponds de lord Winter comme de moi-même.
—Insensé! s’écria milady, pauvre insensé qui ose répondre d’un autre homme quand les plus sages, quand les plus selon Dieu hésitent à répondre d’eux-mêmes, et qui se range du parti le plus fort et le plus heureux, pour accabler la plus faible et la plus malheureuse!
—Impossible, madame, impossible, murmura Felton, qui sentait au fond du cœur la justesse de cet argument: prisonnière, vous ne recouvrerez pas par moi la liberté; vivante, vous ne perdrez pas par moi la vie.