»Mais aujourd’hui il faut bien que je croie à l’excès de vos bontés, puisque non seulement votre lettre, mais encore votre suivante, m’affirment que j’ai le bonheur d’être aimé de vous.

»Elle n’a pas besoin de me dire de quelle manière un galant homme peut obtenir son pardon. J’irai donc vous demander le mien ce soir à onze heures. Tarder d’un jour serait à mes yeux maintenant, vous faire une nouvelle offense.

»Celui que vous avez rendu le plus heureux des hommes.

»Comte DE WARDES

Ce billet était d’abord un faux, c’était ensuite une indélicatesse; c’était même, au point de vue de nos mœurs actuelles, quelque chose comme une infamie; mais on se ménageait moins à cette époque qu’on ne le fait aujourd’hui. D’ailleurs d’Artagnan, par ses propres aveux, savait milady coupable de trahison à des chefs plus importants, et il n’avait pour elle qu’une estime fort mince.

L’intention de d’Artagnan était bien simple: par la chambre de Ketty il arrivait à celle de sa maîtresse; il profitait du premier moment de surprise, de honte, de terreur pour triompher d’elle; peut-être aussi échouerait-il, mais il fallait bien donner quelque chose au hasard. Dans huit jours la campagne s’ouvrait, et il fallait partir: d’Artagnan n’avait pas le temps de filer le parfait amour.

—Tiens, dit le jeune homme en remettant à Ketty le billet tout cacheté, donne cette lettre à milady; c’est la réponse de M. de Wardes.

La pauvre Ketty devint pâle comme la mort, elle se doutait de ce que contenait le billet.