Le monstre, c’était lui.
—Oh! continua milady, est-ce que vos blessures vous font encore souffrir?
—Oui, beaucoup, dit d’Artagnan, qui ne savait trop que répondre.
—Soyez tranquille, murmura milady, je vous vengerai, moi, et cruellement!
—Peste! se dit d’Artagnan, le moment des confidences n’est pas encore venu.
Il fallut quelque temps à d’Artagnan pour se remettre de ce petit dialogue: mais toutes les idées de vengeance qu’il avait apportées s’étaient complètement évanouies. Cette femme exerçait sur lui une incroyable puissance, il la haïssait et l’adorait à la fois; il n’avait jamais cru que deux sentiments si contraires pussent habiter dans le même cœur, et, en se réunissant, former un amour étrange et en quelque sorte diabolique.
Cependant une heure venait de sonner; il fallut se séparer. D’Artagnan, au moment de quitter milady, ne sentit plus qu’un vif regret de s’éloigner, et, dans l’adieu passionné qu’ils s’adressèrent réciproquement, une nouvelle entrevue fut convenue pour la semaine suivante.
La pauvre Ketty espérait pouvoir adresser quelques mots à d’Artagnan lorsqu’il passerait dans sa chambre; mais milady le reconduisit elle-même dans l’obscurité et ne le quitta que sur l’escalier.
Le lendemain au matin, d’Artagnan courut chez Athos. Il était engagé dans une si singulière aventure qu’il voulait lui demander conseil. Il lui raconta tout; Athos fronça plusieurs fois le sourcil.
—Votre milady, lui dit-il, me paraît une créature infâme, mais vous n’en avez pas moins eu tort de la tromper; vous voilà d’une façon ou d’une autre une ennemie terrible sur les bras.