— Oui, mon ami; oui! dit le cardinal avec ce ton paterne qu’il savait prendre quelquefois, mais qui ne trompait que les gens qui ne le connaissaient pas; et comme on vous a soupçonné injustement, eh bien, il vous faut une indemnité: tenez! prenez ce sac de cent pistoles, et pardonnez-moi.

— Que je vous pardonne, Monseigneur! dit Bonacieux hésitant à prendre le sac, craignant sans doute que ce prétendu don ne fût qu’une plaisanterie. Mais vous étiez bien libre de me faire arrêter, vous êtes bien libre de me faire torturer, vous êtes bien libre de me faire pendre: vous êtes le maître, et je n’aurais pas eu le plus petit mot à dire. Vous pardonner, Monseigneur! Allons donc, vous n’y pensez pas!

— Ah! mon cher monsieur Bonacieux! vous y mettez de la générosité, je le vois, et je vous en remercie. Ainsi donc, vous prenez ce sac, et vous vous en allez sans être trop mécontent?

— Je m’en vais enchanté, Monseigneur.

— Adieu donc, ou plutôt à revoir, car j’espère que nous nous reverrons.

— Tant que Monseigneur voudra, et je suis bien aux ordres de Son Éminence.

— Ce sera souvent, soyez tranquille, car j’ai trouvé un charme extrême à votre conversation.

— Oh! Monseigneur!

— Au revoir, monsieur Bonacieux, au revoir.

Et le cardinal lui fit un signe de la main, auquel Bonacieux répondit en s’inclinant jusqu’à terre; puis il sortit à reculons, et quand il fut dans l’antichambre, le cardinal l’entendit qui, dans son enthousiasme, criait à tue-tête: «Vive Monseigneur! vive Son Éminence! vive le grand cardinal!» Le cardinal écouta en souriant cette brillante manifestation des sentiments enthousiastes de maître Bonacieux; puis, quand les cris de Bonacieux se furent perdus dans l’éloignement: