— Et avec qui est-il donc?

— Avec le curé de Montdidier et le supérieur des jésuites d’Amiens.

— Mon Dieu! s’écria d’Artagnan, le pauvre garçon irait-il plus mal?

— Non, monsieur, au contraire; mais, à la suite de sa maladie, la grâce l’a touché et il s’est décidé à entrer dans les ordres.

— C’est juste, dit d’Artagnan, j’avais oublié qu’il n’était mousquetaire que par intérim.

— Monsieur insiste-t-il toujours pour le voir?

— Plus que jamais.

— Eh bien, monsieur n’a qu’à prendre l’escalier à droite dans la cour, au second, n° 5.»

D’Artagnan s’élança dans la direction indiquée et trouva un de ces escaliers extérieurs comme nous en voyons encore aujourd’hui dans les cours des anciennes auberges. Mais on n’arrivait pas ainsi chez le futur abbé; les défilés de la chambre d’Aramis étaient gardés ni plus ni moins que les jardins d’Aramis; Bazin stationnait dans le corridor et lui barra le passage avec d’autant plus d’intrépidité qu’après bien des années d’épreuve, Bazin se voyait enfin près d’arriver au résultat qu’il avait éternellement ambitionné.

En effet, le rêve du pauvre Bazin avait toujours été de servir un homme d’Église, et il attendait avec impatience le moment sans cesse entrevu dans l’avenir où Aramis jetterait enfin la casaque aux orties pour prendre la soutane. La promesse renouvelée chaque jour par le jeune homme que le moment ne pouvait tarder l’avait seule retenu au service d’un mousquetaire, service dans lequel, disait-il, il ne pouvait manquer de perdre son âme.