Maître Coquenard avait mangé son potage, les pattes noires de la poule et le seul os de mouton où il y eût un peu de viande.
Porthos crut qu’on le mystifiait, et commença à relever sa moustache et à froncer le sourcil; mais le genou de Mme Coquenard vint tout doucement lui conseiller la patience.
Ce silence et cette interruption de service, qui étaient restés inintelligibles pour Porthos, avaient au contraire une signification terrible pour les clercs: sur un regard du procureur, accompagné d’un sourire de Mme Coquenard, ils se levèrent lentement de table, plièrent leurs serviettes plus lentement encore, puis ils saluèrent et partirent.
«Allez, jeunes gens, allez faire la digestion en travaillant», dit gravement le procureur.
Les clercs partis, Mme Coquenard se leva et tira d’un buffet un morceau de fromage, des confitures de coings et un gâteau qu’elle avait fait elle-même avec des amandes et du miel.
Maître Coquenard fronça le sourcil, parce qu’il voyait trop de mets; Porthos se pinça les lèvres, parce qu’il voyait qu’il n’y avait pas de quoi dîner.
Il regarda si le plat de fèves était encore là, le plat de fèves avait disparu.
«Festin décidément, s’écria maître Coquenard en s’agitant sur sa chaise, véritable festin, epulæ epularum; Lucullus dîne chez Lucullus.»
Porthos regarda la bouteille qui était près de lui, et il espéra qu’avec du vin, du pain et du fromage il dînerait; mais le vin manquait, la bouteille était vide; M. et Mme Coquenard n’eurent point l’air de s’en apercevoir.
«C’est bien, se dit Porthos à lui-même, me voilà prévenu.»