Il passa la langue sur une petite cuillerée de confitures, et s’englua les dents dans la pâte collante de Mme Coquenard.
«Maintenant, se dit-il, le sacrifice est consommé. Ah! si je n’avais pas l’espoir de regarder avec Mme Coquenard dans l’armoire de son mari!»
Maître Coquenard, après les délices d’un pareil repas, qu’il appelait un excès, éprouva le besoin de faire sa sieste. Porthos espérait que la chose aurait lieu séance tenante et dans la localité même; mais le procureur maudit ne voulut entendre à rien: il fallut le conduire dans sa chambre et il cria tant qu’il ne fut pas devant son armoire, sur le rebord de laquelle, pour plus de précaution encore, il posa ses pieds.
La procureuse emmena Porthos dans une chambre voisine et l’on commença de poser les bases de la réconciliation.
«Vous pourrez venir dîner trois fois la semaine, dit Mme Coquenard.
— Merci, dit Porthos, je n’aime pas à abuser; d’ailleurs, il faut que je songe à mon équipement.
— C’est vrai, dit la procureuse en gémissant… c’est ce malheureux équipement.
— Hélas! oui, dit Porthos, c’est lui.
— Mais de quoi donc se compose l’équipement de votre corps, monsieur Porthos?
— Oh! de bien des choses, dit Porthos; les mousquetaires, comme vous savez, sont soldats d’élite, et il leur faut beaucoup d’objets inutiles aux gardes ou aux Suisses.