D’Artagnan était de plus en plus étonné.
«Je voulais vous exposer ce plan le jour où vous reçûtes ma première invitation; mais vous n’êtes pas venu. Heureusement, rien n’est perdu pour ce retard, et aujourd’hui vous allez l’entendre. Asseyez-vous là, devant moi, monsieur d’Artagnan: vous êtes assez bon gentilhomme pour ne pas écouter debout.»
Et le cardinal indiqua du doigt une chaise au jeune homme, qui était si étonné de ce qui se passait, que, pour obéir, il attendit un second signe de son interlocuteur.
«Vous êtes brave, monsieur d’Artagnan, continua l’Éminence; vous êtes prudent, ce qui vaut mieux. J’aime les hommes de tête et de coeur, moi; ne vous effrayez pas, dit-il en souriant, par les hommes de coeur, j’entends les hommes de courage; mais, tout jeune que vous êtes, et à peine entrant dans le monde, vous avez des ennemis puissants: si vous n’y prenez garde, ils vous perdront!
— Hélas! Monseigneur, répondit le jeune homme, ils le feront bien facilement, sans doute; car ils sont forts et bien appuyés, tandis que moi je suis seul!
— Oui, c’est vrai; mais, tout seul que vous êtes, vous avez déjà fait beaucoup, et vous ferez encore plus, je n’en doute pas. Cependant, vous avez, je le crois, besoin d’être guidé dans l’aventureuse carrière que vous avez entreprise; car, si je ne me trompe, vous êtes venu à Paris avec l’ambitieuse idée de faire fortune.
— Je suis dans l’âge des folles espérances, Monseigneur, dit d’Artagnan.
— Il n’y a de folles espérances que pour les sots, monsieur, et vous êtes homme d’esprit. Voyons, que diriez-vous d’une enseigne dans mes gardes, et d’une compagnie après la campagne?
— Ah! Monseigneur!
— Vous acceptez, n’est-ce pas?