— Monseigneur, reprit d’Artagnan d’un air embarrassé.
— Comment, vous refusez? s’écria le cardinal avec étonnement.
— Je suis dans les gardes de Sa Majesté, Monseigneur, et je n’ai point de raisons d’être mécontent.
— Mais il me semble, dit l’Éminence, que mes gardes, à moi, sont aussi les gardes de Sa Majesté, et que, pourvu qu’on serve dans un corps français, on sert le roi.
— Monseigneur, Votre Éminence a mal compris mes paroles.
— Vous voulez un prétexte, n’est-ce pas? Je comprends. Eh bien, ce prétexte, vous l’avez. L’avancement, la campagne qui s’ouvre, l’occasion que je vous offre, voilà pour le monde; pour vous, le besoin de protections sûres; car il est bon que vous sachiez, monsieur d’Artagnan, que j’ai reçu des plaintes graves contre vous, vous ne consacrez pas exclusivement vos jours et vos nuits au service du roi.»
D’Artagnan rougit.
«Au reste, continua le cardinal en posant la main sur une liasse de papiers, j’ai là tout un dossier qui vous concerne; mais avant de le lire, j’ai voulu causer avec vous. Je vous sais homme de résolution et vos services bien dirigés, au lieu de vous mener à mal pourraient vous rapporter beaucoup. Allons, réfléchissez, et décidez-vous.
— Votre bonté me confond, Monseigneur, répondit d’Artagnan, et je reconnais dans Votre Éminence une grandeur d’âme qui me fait petit comme un ver de terre; mais enfin, puisque Monseigneur me permet de lui parler franchement…»
D’Artagnan s’arrêta.