— Oh! je résolus qu’elle aurait lieu le plus tôt possible, je ne doutais pas qu’il ne revînt la nuit suivante. Dans le jour je n’avais rien à craindre.

«Aussi, quand vint l’heure du déjeuner, je n’hésitai pas à manger et à boire: j’étais résolue à faire semblant de souper, mais à ne rien prendre: je devais donc par la nourriture du matin combattre le jeûne du soir.

«Seulement je cachai un verre d’eau soustraite à mon déjeuner, la soif ayant été ce qui m’avait le plus fait souffrir quand j’étais demeurée quarante-huit heures sans boire ni manger.

«La journée s’écoula sans avoir d’autre influence sur moi que de m’affermir dans la résolution prise: seulement j’eus soin que mon visage ne trahît en rien la pensée de mon coeur, car je ne doutais pas que je ne fusse observée; plusieurs fois même je sentis un sourire sur mes lèvres. Felton, je n’ose pas vous dire à quelle idée je souriais, vous me prendriez en horreur…

— Continuez, continuez, dit Felton, vous voyez bien que j’écoute et que j’ai hâte d’arriver.

— Le soir vint, les événements ordinaires s’accomplirent; pendant l’obscurité, comme d’habitude, mon souper fut servi, puis la lampe s’alluma, et je me mis à table.

«Je mangeai quelques fruits seulement: je fis semblant de me verser de l’eau de la carafe, mais je ne bus que celle que j’avais conservée dans mon verre, la substitution, au reste, fut faite assez adroitement pour que mes espions, si j’en avais, ne conçussent aucun soupçon.

«Après le souper, je donnai les mêmes marques d’engourdissement que la veille; mais cette fois, comme si je succombais à la fatigue ou comme si je me familiarisais avec le danger, je me traînai vers mon lit, et je fis semblant de m’endormir.

«Cette fois, j’avais retrouvé mon couteau sous l’oreiller, et tout en feignant de dormir, ma main serrait convulsivement la poignée.

«Deux heures s’écoulèrent sans qu’il se passât rien de nouveau: cette fois, ô mon Dieu! qui m’eût dit cela la veille? je commençais à craindre qu’il ne vînt pas.