Il ne resta dans le cabinet que le duc blessé, La Porte et Patrick.

On cherchait un médecin, qu’on ne pouvait trouver.

«Vous vivrez, Milord, vous vivrez, répétait, à genoux devant le sofa du duc, le messager d’Anne d’Autriche.

— Que m’écrivait-elle? dit faiblement Buckingham tout ruisselant de sang et domptant, pour parler de celle qu’il aimait, d’atroces douleurs, que m’écrivait-elle? Lis-moi sa lettre.

— Oh! Milord! fit La Porte.

— Obéis, La Porte; ne vois-tu pas que je n’ai pas de temps à perdre?»

La Porte rompit le cachet et plaça le parchemin sous les yeux du duc; mais Buckingham essaya vainement de distinguer l’écriture.

«Lis donc, dit-il, lis donc, je n’y vois plus; lis donc! car bientôt peut-être je n’entendrai plus, et je mourrai sans savoir ce qu’elle m’a écrit.»

La Porte ne fit plus de difficulté, et lut:

«Milord,
«Par ce que j’ai, depuis que je vous connais, souffert par vous et pour vous, je vous conjure, si vous avez souci de mon repos, d’interrompre les grands armements que vous faites contre la France et de cesser une guerre dont on dit tout haut que la religion est la cause visible, et tout bas que votre amour pour moi est la cause cachée. Cette guerre peut non seulement amener pour la France et pour l’Angleterre de grandes catastrophes, mais encore pour vous, Milord, des malheurs dont je ne me consolerais pas.
«Veillez sur votre vie, que l’on menace et qui me sera chère du moment où je ne serai pas obligée de voir en vous un ennemi.