— Vous auriez raison, Porthos, s'il en était ainsi, dit d'Artagnan; mais apprenez une toute petite chose, qui cependant, toute petite qu'elle est, va changer le cours de vos idées: c'est que ce ne sont pas ces messieurs qui courent le plus grave danger, c'est nous; c'est que ce n'est point pour les abandonner que nous les quittons, mais pour ne pas les compromettre.

— Vrai? dit Porthos en ouvrant de grands yeux étonnés.

— Eh! sans doute: qu'ils soient arrêtés, il y va pour eux de la Bastille tout simplement; que nous le soyons, nous, il y va de la place de Grève.

— Oh! oh! dit Porthos, il y a loin de là à cette couronne de baron que vous me promettiez, d'Artagnan!

— Bah! pas si loin que vous le croyez, peut-être, Porthos, vous connaissez le proverbe: «Tout chemin mène à Rome.»

— Mais pourquoi courons-nous des dangers plus grands que ceux que courent Athos et Aramis? demanda Porthos.

— Parce qu'ils n'ont fait, eux, que de suivre la mission qu'ils avaient reçue de la reine Henriette, et que nous avons trahi, nous, celle que nous avons reçue de Mazarin; parce que, partis comme messagers à Cromwell, nous sommes devenus partisans du roi Charles; parce que, au lieu de concourir à faire tomber sa tête royale condamnée par ces cuistres qu'on appelle MM. Mazarin, Cromwell, Joyce, Pride, Fairfax, etc., nous avons failli le sauver.

— C'est, ma foi, vrai, dit Porthos; mais comment voulez-vous, mon cher ami, qu'au milieu de ces grandes préoccupations le général Cromwell ait eu le temps de penser…

— Cromwell pense à tout, Cromwell a du temps pour tout; et, croyez-moi, cher ami, ne perdons pas le nôtre, il est précieux. Nous ne serons en sûreté qu'après avoir vu Mazarin, et encore…

— Diable! dit Porthos, et que lui dirons-nous à Mazarin?