— Oui, dit Aramis; mais nous ne sommes pas des courtisans, nous.

— Aussi allons-nous lui faire passer nos noms, et s'il ne fait pas en les voyant une réponse convenable, eh bien! nous le laisserons aux affaires de la France et aux siennes. Il ne s'agit que d'appeler un laquais et de lui mettre une demi-pistole dans la main.

— Eh! justement, s'écria Aramis, je ne me trompe pas… oui… non… si fait, Bazin; venez ici, drôle!

Bazin, qui dans ce moment traversait l'antichambre, majestueusement revêtu de ses habits d'église, se retourna, le sourcil froncé, pour voir quel était l'impertinent qui l'apostrophait de cette manière. Mais à peine eut-il reconnu Aramis, que le tigre se fit agneau, et que s'approchant des deux gentilshommes:

— Comment! dit-il, c'est vous, monsieur le chevalier! c'est vous, monsieur le comte! Vous voilà tous deux au moment où nous étions si inquiets de vous! Oh! que je suis heureux de vous revoir!

— C'est bien, c'est bien, maître Bazin, dit Aramis; trêve de compliments. Nous venons pour voir M. le coadjuteur, mais nous sommes pressés, et il faut que nous le voyions à l'instant même.

— Comment donc! dit Bazin, à l'instant même, sans doute; ce n'est
point à des seigneurs de votre sorte qu'on fait faire antichambre.
Seulement en ce moment il est en conférence secrète avec un
M. de Bruy.

— De Bruy! s'écrièrent ensemble Athos et Aramis.

— Oui! c'est moi qui l'ai annoncé, et je me rappelle parfaitement son nom. Le connaissez-vous, monsieur? ajouta Bazin en se retournant vers Aramis.

— Je crois le connaître.