Madame de Longueville m'a invité à aller passer quelques jours en Normandie, et m'a chargé, tandis qu'on baptiserait son fils, d'aller lui faire préparer ses logements à Rouen. Je vais m'acquitter de cette commission; puis, s'il n'y a rien de nouveau, je retournerai m'ensevelir dans mon couvent de Noisy-le-Sec.
— Et moi, dit Athos, je retourne à Bragelonne. Vous le savez, mon cher d'Artagnan, je ne suis plus qu'un bon et brave campagnard. Raoul n'a d'autre fortune que ma fortune, pauvre enfant! et il faut que je veille sur elle, puisque je ne suis en quelque sorte qu'un prête-nom.
— Et Raoul, qu'en faites-vous?
— Je vous le laisse, mon ami. On va faire la guerre en Flandre, vous l'emmènerez; j'ai peur que le séjour de Blois ne soit dangereux à sa jeune tête. Emmenez-le et apprenez-lui à être brave et loyal comme vous.
— Et moi, dit d'Artagnan, je ne vous aurai plus, Athos, mais au moins je l'aurai, cette chère tête blonde; et, quoique ce ne soit qu'un enfant, comme votre âme tout entière revit en lui, cher Athos, je croirai toujours que vous êtes là près de moi, m'accompagnant et me soutenant.
Les quatre amis s'embrassèrent les larmes aux yeux.
Puis ils se séparèrent sans savoir s'ils se reverraient jamais.
D'Artagnan revint rue Tiquetonne avec Porthos, toujours préoccupé et toujours cherchant quel était cet homme qu'il avait tué. En arrivant devant l'hôtel de La Chevrette, on trouva les équipages du baron prêts et Mousqueton en selle.
— Tenez, d'Artagnan, dit Porthos, quittez l'épée et venez avec moi à Pierrefonds, à Bracieux ou au Vallon; nous vieillirons ensemble en parlant de nos compagnons.
— Non pas! dit d'Artagnan. Peste! on va ouvrir la campagne, et je veux en être; j'espère bien y gagner quelque chose!