Athos avait toujours son air insoucieux et serein.
Arrivé à Saint-médard, Athos, qui servait dans ce grand labyrinthe de guide à son compagnon de voyage, prit la rue des Postes, puis celle de l'estrapade, puis celle des Fossés Saint-Michel, puis celle de Vaugirard. Parvenus à la rue Férou, les voyageurs s'y engagèrent. Vers la moitié de cette rue, Athos leva les yeux en souriant, et, montrant une maison de bourgeoise apparence au jeune homme:
— Tenez, Raoul, lui dit-il, voici une maison où j'ai passé sept des plus douces et des plus cruelles années de ma vie.
Le jeune homme sourit à son tour et salua la maison. La piété de Raoul pour son protecteur se manifestait dans tous les actes de sa vie.
Quant à Athos, nous l'avons dit, Raoul était non seulement pour lui le centre, mais encore, moins ses anciens souvenirs de régiment, le seul objet de ses affections, et l'on comprend de quelle façon tendre et profonde cette fois pouvait aimer le coeur d'Athos.
Les deux voyageurs s'arrêtèrent rue du Vieux-Colombier, à l'enseigne du Renard-Vert. Athos connaissait la taverne de longue date, cent fois il y était venu avec ses amis; mais depuis vingt ans il s'était fait force changements dans l'hôtel, à commencer par les maîtres.
Les voyageurs remirent leurs chevaux aux mains des garçons, et comme c'étaient des animaux de noble race, ils recommandèrent qu'on en eût le plus grand soin, qu'on ne leur donnât que de la paille et de l'avoine, et qu'on leur lavât le poitrail et les jambes avec du vin tiède. Ils avaient fait vingt lieues dans la journée. Puis, s'étant occupés d'abord de leurs chevaux, comme doivent faire de vrais cavaliers, ils demandèrent ensuite deux chambres pour eux.
— Vous allez faire toilette, Raoul, dit Athos, je vous présente à quelqu'un.
— Aujourd'hui, monsieur? demanda le jeune homme.
— Dans une demi-heure.