— Oui une cousine à lui, qu'on appelait Marie Michon.

— Ah! je la connais, s'écria madame de Chevreuse, c'est celle à laquelle il écrivait du siège de La Rochelle pour la prévenir d'un complot qui se tramait contre ce pauvre Buckingham.

— Justement, dit Athos; voulez-vous bien me permettre de vous parler d'elle?

Madame de Chevreuse regarda Athos.

— Oui, dit-elle, pourvu que vous n'en disiez pas trop de mal.

— Je serais un ingrat, dit Athos, et je regarde l'ingratitude, non pas comme un défaut ou un crime, Mais comme un vice, ce qui est bien pis.

— Vous, ingrat envers Marie Michon, monsieur? dit madame de Chevreuse essayant de lire dans les yeux d'Athos. Mais comment cela pourrait-il être? Vous ne l'avez jamais connue personnellement.

— Eh! madame, qui sait? reprit Athos. Il y a un proverbe populaire qui dit qu'il n'y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas, et les proverbes populaires sont quelquefois d'une justesse incroyable.

— Oh! continuez, monsieur, continuez! dit vivement madame de Chevreuse; car vous ne pouvez vous faire une idée combien cette conversation m'amuse.

— Vous m'encouragez, dit Athos; je vais donc poursuivre. Cette cousine d'Aramis, cette Marie Michon, cette jeune lingère, enfin, malgré sa condition vulgaire, avait les plus hautes connaissances; elle appelait les plus grandes dames de la cour ses amies, et la reine, toute fière qu'elle est, en sa double qualité d'Autrichienne et d'Espagnole, l'appelait sa soeur.