— Hélas, dit madame de Chevreuse avec un léger soupir et un petit mouvement de sourcils qui n'appartenait qu'à elle, les choses sont bien changées depuis ce temps-là.

— Et la reine avait raison, continua Athos; car elle lui était fort dévouée, dévouée au point de lui servir d'intermédiaire avec son frère le roi d'Espagne.

— Ce qui, reprit la duchesse, lui est imputé aujourd'hui à grand crime.

— Si bien, continua Athos, que le cardinal, le vrai cardinal, l'autre, résolut un beau matin de faire arrêter la pauvre Marie Michon et de la faire conduire au château de Loches.

Heureusement que la chose ne put se faire si secrètement que la chose ne transpirât; le cas était prévu: si Marie Michon était menacée de quelque danger, la reine devait lui faire parvenir un livre d'heures relié en velours vert.

— C'est cela, monsieur! vous êtes bien instruit.

— Un matin le livre vert arriva apporté par le prince de Marcillac. Il n'y avait pas de temps à perdre. Par bonheur, Marie Michon et une suivante qu'elle avait, nommée Ketty, portaient admirablement les habits d'hommes. Le prince leur procura, à Marie Michon un habit de cavalier, à Ketty un habit de laquais, leur remit deux excellents chevaux, et les deux fugitives quittèrent rapidement Tours, se dirigeant vers l'Espagne, tremblant au moindre bruit, suivant les chemins détournés, parce qu'elles n'osaient suivre les grandes routes, et demandant l'hospitalité quand elles ne trouvaient pas d'auberge.

— Mais, en vérité, c'est que c'est cela tout à fait! s'écria madame de Chevreuse en frappant ses mains l'une dans l'autre. Il serait vraiment curieux…

Elle s'arrêta.

— Que je suivisse les deux fugitives jusqu'au bout de leur voyage? dit Athos. Non, madame, je n'abuserai pas ainsi de vos moments, et nous ne les accompagnerons que jusqu'à un petit village du Limousin situé entre Tulle et Angoulême, un petit village que l'on nomme Roche-l'Abeille.